December282011
December152011

Monologue d’un sourd

 Scène unique

Pas de décor

Assis en tailleur, le seul personnage parle, il porte un masque façon carnaval à l‘italienne.  Le monologue doit être prononcé de manière très improvisée, hésitante.

 

« Vous vous dites sûrement pourquoi je parle, et vous auriez bien raison. A quoi je répondrais donc que je parle pour ne rien dire. Mais alors, pourquoi parler si ce n’est pour rien dire ?

Je parle pour ne rien dire, et je ne dis rien pour parler.

Si je ne vous parlais pas, je mourais, car je suis un personnage de théâtre. Et si je m’arrêtais, le rideau tomberait, car je n’aurais pas de raison d’être. Le problème voyez-vous, c’est que… je n’ai rien à vous dire. Qu’est-ce que je pourrais bien vous raconter ? Ma vie ? Aller dont, soyez pas idiots, vous le savez très bien que je n’en ai pas. Je n’en ai pas puisque je suis un personnage.

C’est comme ça. Je suis né quand le rideau qui pend au-dessus de ma tête s’est levé, je mourrai quand il tombera.

C’est comme ça la vie. On nait en n’ayant rien à dire et puis, si on dit rien, on meurt. Mais tout ça, ça reste entre nous. Un temps. Ouais, bon, je pourrais peut-être vous raconter une histoire. Je ne sais pas raconter des histoires, je suis comme vous qui allez au théâtre, si vous y allez, c’est que vous n’en connaissez pas. Ou que celles que vous connaissez, ben, vous les connaissez déjà.

Allez dire ça à mon auteur. Un personnage qui ne sait pas raconter d’histoires, mais qui en plus, par-dessus tout, all the more –comme disent les Anglais-, son personnage là, moi… Et ben, il parle pour ne rien dire.

Je serais vous, je me ferais rembourser ma place. C’est vrai quoi, quand on va au théâtre, c’est pour voir une pièce, une histoire. Ben non, au lieu de ça, vous avez un personnage qui vous les brise pour que vous le laissiez parler. Mais le pire dans tout ça, c’est que vous le laissez parler ben, pour qu’il ne vous dise… Rien.

Un temps.

C’est comme ça la vie, on nait quand un rideau se lève, on blablatte et paf… le rideau tombe

le rideau tombe. »

November262011

Le sado-masochisme est un humanisme

J’aime le pouvoir. J’aime dominer. J’aime l’odeur de la peur. L’horreur se lit dans les yeux mais s’apprécie d’autant plus dans le cri. Il n’y a pas de “arrête” dans un jeu sado-masochiste, il n’y a que des “plus fort”, des “continue”, ajoutés de points de suspension qui ne s’arrêtent non plus. Eux, demandent toujours plus : “Plus de peur, plus de tension, plus de frayeur”.

Une chose magnifique, c’est la préparation de nos activités, c’est l’exploration psychique de nos fantasmes, de nos désirs, de nos craintes et de l’effroi. Savoir est  très beau. Savoir l’autre est magnifique. C’est l’exécution du voyeurisme à sa noblesse la plus complexe. Plonger dans nos névroses, accomplir nos pires cauchemars, exécuter le pathos.
Certains voient en cette activité la plus forte pratique de l’assentiment, c’est l’inverse. À l’opposé, il n’y a rien qui ne se ressente plus que la souffrance cathartique. Sa libération nous fait jouir. Comment pourrait-on se sentir humain sans en éprouver sa condition ?
Un dominateur sait surprendre, il sait comment la tension se crée. Il connaît parfaitement son soumis qui n’est, contrairement à ce que l’on pense, ni un objet, ni un animal, mais qui sait le devenir. Un dominateur sait donner du plaisir en traitant sa victime, ou devrais-je dire son protégé, comme un chien. Quand il l’imagine comme tel, il le libère pendant un instant et à un lieu donné de sa condition, il lui retire et le libère un temps car son partenaire sait qu’en le libérant ainsi, il sentira mieux cette flamme humaine et humanisante. Le soumis aime ne pas avoir le choix. Quant à l’autre, il se sent d’autant plus humain qu’il est responsable de son partenaire et de ses actes sur lui.
Le dominateur a la puissance. Et s’il n’est pas mauvais, il contrôle sa puissance, car il connaît son soumis parfaitement. Il connaît pleinement ses actes, ses répercussions et le plaisir qui s’y accompagne. Sa jouissance n’est pas égale à la force qu’il emploie pour fait ce mal, ni ce mal lui-même. Sa jouissance est égale à cette liberté qui est sienne et cette puissance de jouissance sur l’autre.

À vrai dire, il me semble qu’il n’y ait pas de métier qui ne me corresponde plus que celui que je pratique.
À vrai dire, je ne pense pas qu’il puisse y avoir un métier qui corresponde plus à un sado-masochiste que celui de professeur.
Il ne faut pas croire que tous les profs sont sado-masos, ni que tous le sado-masos sont profs. Comme il y a de mauvais profs, il y a de mauvais sado-masos. Un bon professeur doit savoir adapter son éducation à son élève. Il doit faire jouer les relations de dominant-dominé pour que ses élèves apprennent d’eux même et sur eux même. Il doit jouer sur leurs souffrances pour les faire évoluer, et qu’ils se connaissent mieux. Un bon professeur est un bon sado-masochiste. Si le sado-masochisme n’était pas un humanisme, les humanités ne seraient pas humaines.

October312011

Spleen d’une nuit d’été

À la question sommes-nous libres, je répondrais par la négative. Pouvons nous être libres de ce que nous faisons enchaînés par nos capacités ? Je veux dire, qu’est-ce qui fait la différence entre quelqu’un qui fait normale sup et quelqu’un qui voudrait y rentrer ? Je dirais que c’est une forme de talent, alors que d’autres utiliseront le terme QI. Nous sommes malheureusement limités par ce que nous sommes. La liberté quant à elle est le pouvoir de n’être contraint par rien. Je n’irai pas à normale sup parce que mes capacités ne m’y poussent pas. D’autres diront que c’est le travail qui manque. Mais c’est comme une compétition de haut niveau. Le travail ne compte plus. Il est plus que sine qua non. L’envie et la motivation sont un pas pour que le travail puisse s’accomplir correctement, mais il ne font absolument pas tout.

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